Castelitteraire

Castelitteraire

Un Haut-Lieu perdu !

 

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Il est des lieux qui par destination devraient rester immuables. C’est de la  colline de SION (dans le Saintois, sud de la Meurthe & Moselle) que je veux vous entretenir. Depuis des siècles cette élévation (Je crois que le terme est approprié) que sur ma page d’accueil de ce  blog, je qualifie de « Haut lieu lorrain » a captivé les esprits les croyances et les espérances !

 

Du Néolithique peu de signes nous sont parvenus. Mais au temps des Celtes, on en est sûr, le mont était consacré à Rosmerta, déesse de la fécondité. Divinité immensément importante pour ces tribus en devenir. Ensuite l’Église Catholique de par la volonté des ducs et comtes a couronné le saint-mont d’édifices de prière vers la Vierge Marie. Charles IV, duc de Lorraine pas toujours judicieux dans ses alliances, légua chez notaire, à la Mère du Christ son duché, convoité par le Roi de France, pensant que le souverain de la « fille aînée de l’église » n’oserait pas spoliée Marie. Espoir vain, Louis XIII était sous l’emprise d’un cardinal fort peu ecclésiastique qui ordonna la démolition des remparts de Vaudémont, capitale du comté éponyme à l’autre extrémité du  plateau et d’où partirent les futurs Empereurs d’Autriche-Hongrie. De la Dynastie des Habsbourg-Lorraine, quelle revanche !

 

Et puis vint la révolution qui chassa les religieux du grand couvent. Le laissant ouvert aux chauves-souris et prédateurs divers. C’est alors que trois frères prêtres entreprirent de le repeupler et de lui redonner son lustre et ses   pèlerinages grandioses  si populaires. Malheureusement, mauvais gestionnaires. Ils furent sommés par l’évêque de Nancy de rendre des comptes. L’aîné, Léopold, se considérant comme chef d’ordre refusa d’obtempérer. Les trois frères furent excommuniés et se jetèrent dans la secte normande d’un certain Vintras, qui les honora du titre grandiloquent de pontife.

 

  Maurice Barrès, dévot de la « sainte colline » s’empara de leur aventure schismatique pour écrire son plus célèbre roman : « La Colline inspirée ». C’est  ce vocable qui a fait la renommée de ce haut-lieu en dehors de notre Lorraine. Personnellement extrayant des archives l’ubuesque comportement des trois frères, j’en ai fait la « Chronique de la Colline offensée ».

 

Bien entendu, l’Église reprit ses droits, le couvent se repeupla de prêtres bien catholiques : les Oblats. Et l’on revit les foules processionnaires demandeuses de miracles ou tout du moins de consolations implorer ou  remercier : Notre-Dame de Sion. Dans les catastrophes comme dans la joie. Par exemple : l’annexion par l’Allemagne de l’Alsace-Lorraine en 1870 ou les victoires sur cette même Allemagne en 1919 et 1945.

 

Enfin la France « fille aînée de l’Église » perdit son élan religieux mais pas mystique. Les processions maigrirent, cependant les religieux restèrent. En dehors des dimanches et fêtes dédiées, un calme chargé s’épand sur le plateau. Chargé de toute son histoire triste ou glorieuse.

 

 De nombreuses fois dans notre automne lorrain j’ai déambulé sur le « chemin de ronde ». Sous notre ciel gris  lumineux et au-dessus du brouillard évanescent couvrant la plaine, dont seuls émergeaient les clochers pointus si caractéristiques ! Tous les bruits de la vie s’éteignaient pour laisser parvenir à mes pensées les résurgences du passé.

 

À Sion : les rites « païens », les prêches catholiques, la communion des croyants, les simagrées des malheureux Baillard. Au centre, à la lanterne des morts, l’ombre du grand Barrès, d’abord « prince de la jeunesse » puis « rossignol des tranchées » abandonné par l’Église, vilipendé par les politiques. À l’autre extrémité ce qui reste de Vaudémont jadis fiere capitale d’un comté dont partirons les premiers souverains Européens ! Prés du donjon, dit tour Brunehaut, on y perçoit la vaillance des défenseurs, mais aussi le souffle des légendes.

 

Tout cela c’était AVANT ! Il n’y a plus d’Oblat, ils n’étaient plus que trois à devoir assurer la survie du grand couvent. Seule reste une petite communauté de Clarisses pour pérenniser le principe religieux du site. Pour combien de temps ?

 

Le domaine a été vendu au département de Meurthe & Moselle. Un compromis a été trouvé avec l’évêché pour qu’un minimum de religiosité subsiste ! Depuis, c’est une kermesse. Toutes sortes d’organismes ou associations prétendent pérenniser la renommée de l’endroit. Ils n’ont rien compris ! C’est le silence qui s’impose dans « ce lieu ou souffle l’esprit » (M.Barrès). C’est pourquoi, je n’y vais plus. C’est devenu : « La Colline fracassée » !             

 

  

 



17/07/2017
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