Castelitteraire

Castelitteraire

Un artiste oublié et vilipendé

 

Dujardin. Asséen méconnu !  

                                                     

À la sortie d’Essey les Nancy, avant les zones commerciales. À gauche part l’ancienne route d’Agincourt. Certes à son début elle n’est pas très bucolique puisqu’elle dessert  la déchetterie, mais aussitôt échappée de cette contrainte elle prend son allure campagnarde. Elle a été tracée dans l’ancien temps où l’on respectait les propriétés privées ; pour ce faire on expropriait rarement et le moins possible les notables, il en résultait des tracés tout en virages ! Mais comme on cheminait à cheval ou à pied, qu’elle importance ! Bien sûr les automobilistes pressés de maintenant ne sont pas de cet avis.

À la fin des virages, vous vous trouvez devant une sorte de château. C’est la ferme de la « Hurte ». Nom bizarre d’origine non éclaircie ; selon certains, il  semblerait que cette construction date du dix-huitième siècle et serait un ancien relais de poste aux chevaux ?

Mais le plus important c’est qu’elle soit devenue la propriété d’un grand artiste sculpteur, méconnu et oublié en France : Auguste DUJARDIN ! Je vous en dis ce que je sais :

Il est né à Paris en 1847. Après de brillantes études à l’École des beaux arts, il collectionne les prix et médailles. À 20 ans il obtient le deuxième  prix de Rome,  en reconnaissance de ses talents en peinture, sculpture et céramique. Il travaille alors dans de grands cabinets d’architectes parisiens. Mais se déclare la guerre franco-prussienne en 1870, qui bouleverse ses projets il doit notamment renoncer à un emploi bien rémunéré à Reims.

 Mais c’est l’insurrection de la Commune qui bouleversera le plus longtemps sa vie et le décide à se réfugier avec son épouse Edmonde Gérard à Château-Rouge en Moselle près de Bouzonville, village d’origine de sa mère.

En effet l’épisode sanglant de la Commune allait lui valoir d’être considéré comme communard alors qu’il ne figure sur aucune des listes de révoltés. Cependant un certain Auguste Dujardin est cité parmi les insoumis et qui aurait donné asile à Paul Verlaine lui-même poursuivi pour les mêmes raisons !

En 1874 il perd son épouse qui le laisse veuf avec la petite Cécile née en 1873 à Château-Rouge. Un premier temps il envisage de retourner à Paris. Mais qui fera-t-il ? Il s’est adapté à son exil alors il reste. Sage décision.   

La Moselle à cette époque est un département annexé donc devenu allemand. Auguste n’y est pas sensible. Il est trop passionné pour les arts, notamment la sculpture. C’est ainsi que lors d’un voyage à Metz il est fasciné par la cathédrale Saint-Étienne et navré de son état, surtout par la décrépitude de la statuaire !

L’Empereur allemand pensant plaire aux Messins décide d’accélérer la restauration du monument. Au siècle précédent, le portail dit de la Vierge avait été rénové par Jean François Blondel en 1766 (architecte également créateur de la place d’armes) dans le style du XVIII° siècle français. Le Kaiser confie les travaux à un jeune architecte de talent, Paul-Otto-Karl Tornow né en 1848 à Suleçin vile de Pologne germanique. Est-ce la proximité d’âge ; Dujardin n’est son aîné que d’un an ! Qu'il est admis comme chef sculpteur ?

Ainsi commence une collaboration doublée d’une grande amitié qui perdurera. Le duo commence les travaux le 20 novembre 1874.

En premier, Auguste Dujardin qui avait littéralement été horrifié de voir sur la façade ouest (coté marché couvert) un fronton gréco-romain absolument intrusif sur un monument gothique ! Entreprend avec entrain de remédier à cette incongruité. Avec l’accord de Tornow, il constitue une équipe de cinquante artisans et s’applique à reprendre toute la statuaire de l’édifice et cela de 1880 à 1903. Soit 23 années bien remplies.

L’inauguration en mai 1903 attira au tandem les félicitations de Guillaume II. Dujardin sculpta le prussien en prophète Daniel !

Bien que modestes les deux amis jugèrent bon de laisser leur trace sur l’édifice (Dujardin se doutait-il de l’ostracisme dont –il serait victime ?). C’est ainsi que l’on peut voir (très difficilement) leurs effigies sculptées sur deux piliers de chaque côté du portail ouest (actuellement fermé).

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                                                                                             Deux prophètes (A.DUJARDIN)

 

Dujardin qui s’est bien acclimaté en Moselle annexée, fait acte de candidature à l’Académie de Metz en février 1878. Il y fera plusieurs communications concernant la cathédrale Saint Étienne. Ainsi que sur les vestiges de la colone romaine de Merten, village Mosellan près de Boulay ; qu’il reconstitua à partir de 71 fragments !

Son activité ne s’arrête pas là ; avec Tornow ou d’autres architectes, il travaille l’Église Sainte Ségolène, sur le temple impérial de Courcelles-Chaussy, l’hôpital Belle Isle la Porte des Allemands à Metz, l’Église de Lorry-Mardigny, la collégiale Saint Léger à Marsal, la belle Église de Morhange,   de Scy-Chazelles etc.

Malgré ses nombreuses activités, il trouve le temps de se remarier vers 1900 avec une jeune femme Julie Guérin née le 5 juillet 1855 à  Essey les Nancy qui partagera son sort à Metz. Est-ce à cette époque qu’il a acheté le domaine de « la Hurte ». En tous cas il y est recensé en 1911.   

Sa réputation est considérable en Moselle annexée et dans toute l’Europe (sauf   en France évidemment). Malheureusement une deuxième guerre allait briser net son ascension vers la gloire. Celle de 1914, aussitôt sa déclaration, bien qu’œuvrant en Allemagne Auguste n’en est pas moins Français ! Il fait retour dans sa patrie à Essey les Nancy village de son épouse.

C’est alors que la bourgeoisie messine et «  l’intelligencia » se déchaînent contre l’artiste qui a si bien rénové la statuaire de leur cathédrale. Ainsi vont les choses, de tout temps on a brûlé avec entrain ce que l’on a adoré.

Et voilà lancé l’anathème : «  C’était un communard ! », qui a quitté Paris pour être oublié. Pour les Allemands c’était un espion. On ne reconnaît plus ses qualités artistiques, ce n’est qu’un copieur ! La presse était à l’unisson. Et c’est l’oubli.

Dujardin n’est pas un combatif, il a choisi le calme de la campagne. Il s’emploie à mettre en valeur son domaine de la « Hurte ». Vous pouvez voir sur la façade  une magnifique sculpture représentant Saint-Georges terrassant le dragon. Probablement une de ses dernières œuvres.

Auguste Dujardin est décédé en 1921.

Son patron et ami Tornow avait lui aussi été victime du retour de l’Alsace-Lorraine dans le giron français. Il avait comme Auguste subi des critiques acerbes et déchu de toutes ses fonctions. Le vide se fit autour de lui, seul Dujardin lui conserva son amitié. Il est décédé aussi en 1921 et inhumé à Scy-Chazelle (Moselle)

                                      

                                                  portail de la Vierge CH. Metz_Modifié.jpeg

 

Le portail de la vierge, cathédrale de Metz (A. DUJARDIN)

 

 De temps à autre une oeuvre d'Auguste Dujardin est proposée aux enchères. Comme cette peinture d'un petit chien :

 

oeuvre de A.Dujardin.jpg

 

 

Est-là le style d'un dangereux révolutionnaire ?

 

 

 

 

     

 

 

 

 

  



25/05/2017
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