Castelitteraire

Castelitteraire

Mémoire d'Essey les Nancy

                                                      

Vous qui avez réservé votre exemplaire depuis longtemps, votre patience sera récompensée par la qualité iconographique de cet ouvrage. La qualité du texte  c'est a vous de juger.

 

   

 

Introduction.

 

L'usage veut qu'en citant ma ville, on dise « Essey-les-Nancy ». En écrivant la première phrase de ce livre, une question me vient à l'esprit : pourquoi ne dirait-on pas Nancy-les-Essey ?

            Présomptueux, penserez-vous ! Peut-être même direz-vous : « absurde, un tel chauvinisme ». Et pourtant, alors que Nancy n'avait pas encore fait son apparition, sur les hauts d'Essey existait déjà un oppidum bien peuplé de Leuques et avant eux probablement de quelques individus chasseurs.

La conquête romaine ayant amené, au moins pour quelque temps, la paix et la prospérité, les hommes fatigués de mal vivre dans des huttes de branchage couvertes de terre, derrière des fortifications cyclopéennes descendirent à mi-côte où ils élevèrent, à l'instar des conquérants des constructions plus avenantes ; qui deviendront des maisons.

 Pendant toutes ces années, à l'emplacement du futur Nanciacus, le Nancy de maintenant, n'existaient que de mauvais marécages !

Alors, mon chauvinisme est-il si déplacé ? Ne croyez pas que je veuille instaurer une polémique entre un petit poucet d'environ 8 000 habitants et un géant de plus de 100 000 citadins. Mon propos n'a que l'intention de démontrer que l'histoire offre bien des étonnements !

Et aussi que vous soyez fières d'habiter une ville plusieurs fois millénaire.

 

Pour vous mettre l'eau à la bouche (qu'elle incongruité pour parler d'un terroir autrefois couvert de vignes !). Plutôt pour vous donner l'envie de lire ce texte sans prétention. J'appelle le grand chantre de la Lorraine, savoir Émile -Badel (1861-1936) :

« L'église d'Essey et ses entours sont la plus délicieuse oasis de reposée bienfaisante qui soit en terre de Lorraine. Et quels entours, des vignes qui s'agrippent aux coteaux mamelonnant, des jardins clos emplis de poires juteuses, des noyers chargés à glane, un parc mystérieux aux sombres frondaisons. »

 

Je précise que cet ouvrage n'est pas un livre d'histoire genre scolaire.   C'est un récit historique qui comme mes autres ouvrages se veut divertissant, malgré tout sérieusement didactique.

             "Il faut s'instruire dans la gaieté. Le savoir triste est un savoir mort" Voltaire.

Vous allez suivre les promenades d'un vieil asséen, qui vous racontera sa ville ; comme vous pourriez la raconter à vos enfants.

 Si vous êtes désireux d'approfondir, je vous recommande l'ouvrage de Monsieur Bernard Schnell : « Regards sur Essey » particulièrement documenté. Malheureusement épuisé, mais consultable à la "Bibliothèque pour Tous", maison des associations d'Essey.

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Mieux encore, si vous n'êtes pas pressé vous vous inclinerez devant la tombe de…Jeanne d'Arc ! Pour ne pas rallumer une guerre entre historiens car ce sont celles qui durent le plus longtemps ; je vous précise tout de suite qu'il s'agit simplement du nom en religion d'une religieuse née Schweitzer. Dommage, imaginez les foules venant en pèlerinage et la quantité de vendeurs de Jeanne à cheval (en plastique), sur le parvis de Saint Georges. Aussi les  baraques à frites installées dans l'allée du Souvenir Français. (Je ne crois pas qu'il y ait des kebabs). Sans oublier "le Brandon de Rouen", délicieuse confiserie de chez Brébion.  (visite du cimetière, à ma façon)

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En septembre 1914. Lors de la bataille malheureuse de  Morhange, plusieurs cultivateurs furent réquisitionnés avec chariot et chevaux pour transporter nos soldats blessés aux hôpitaux de Nancy. Les pauvres, malgré les bottes de paille sur lesquelles ils voyageaient subissant les chocs des routes défoncées par les obus ; beaucoup n'arrivaient pas à destination, ils mourraient bien avant, hélas !

En Lorraine on est particulièrement attaché aux cloches, je parle de celles des clochers ! Voila que le préfet de Meurthe et Moselle (Louis Marman), interdit par circulaire du 2 mars 1916 toute sonneries ou carillons. Seul est toléré le glas qui doit être restreint à l'entrée du corps dans l'église et à sa sortie. Cette mesure restrictive édictée pour ne pas concurrencer les beuglements des sirènes d'alerte ! Comme si depuis des siècles, les braves cloches n'avaient averti les villageois des calamités survenant. A quoi pouvait ressembler un village sans cloches, je vous le demande ?

Les guerres ne font pas que tuer ou démolir ; quelquefois elles détruisent les ménages : en 1915 un brave combattant, que je crois ne pas être un autochtone, écrit au Procureur de la République. Il vient d'apprendre, sans doute par des voisins charitables, la mauvaise conduite de son épouse et son projet de retourner chez ses parents à Utique en Tunisie (je vous le disais qu'ils n'étaient pas de chez-nous) et plus grave en emmenant leur fillette. Il demandait au magistrat d'empêcher cette fuite, estimant que la France lui devait bien cela. Celui-ci transmis au Maire d'Essey qui n'y pouvait rien, il s'agissait d'une affaire privée. Il n'y a rien de plus pernicieux qu'une guerre !

Les populations des villages frontières fuirent vers Nancy. Les asséens assistant à ces lamentables défilés craignirent d'en être réduit aussi à cet exode. Il n'en fut rien heureusement !

La résistance de nos troupes ayant maintenu l'ennemi assez loin, le village ne pouvait être atteint que par l'artillerie allemande à longue portée. Ses tirs étaient prioritairement destinés à notre aviation basée au plateau de Malzéville. Cependant un obus de 380 tomba à proximité de l'église Saint-Georges la criblant d'éclats.

Enfin le 11 novembre 1918, les combats cessent dans la joie générale à l'exception des familles endeuillées. 

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Il est temps de rentrer pour le repas de midi. Emile s'engage dans l'avenue du 69°. Il sent qu'y manque quelque chose ? Il cherche et cela lui revient. Eh oui ! il n'y a plus trace du "transbordeur

Pour les jeunes générations et les futures, je crois nécessaire d'expliquer ce que c'est. Si vous cherchez la lumière dans un dictionnaire, vous n'y trouverez que des allusions au domaine maritime. En ce qui concerne celui d'Essey, il était aérien.

Sur un câble, des wagonnets faisaient sans cesse, nuit et jour, l'aller et retour des carrières de Maxéville (où se situe maintenant le Zénith) à l'usine Solvay de Dombasle.

               

 

Ils chargeaient la pierre calcaire à Maxéville et la déchargeaient dans les énormes fours de l'usine, il en devenait du carbonate et du bicarbonate de soude.

Le câble qui véhiculait 800 bennes, était soutenu tout le long de son parcourt par 200 piliers de fer, genre électricité haute tension. Les galopins du village en faisaient les sites de leurs exploits. Le but étant de grimper le plus haut possible et même d'essayer de toucher les wagonnets ! Malgré les panneaux signalant le danger (peut-être même à cause d'eux).

Il arrivait que des pierres tombent des godets mal équilibrés (certains bovins avaient été traumatisés), aussi les traversées de route et de chemin étaient elles protégées par 45 plateformes, soutenues par des piliers se faisant face de chaque côté. C'est cet ouvrage franchissant la Nlle 74 qui manquait au souvenir Émile.

 

                          

                           

 

Banal penserez-vous. Non, car cet ouvrage était le plus long d'Europe, 18 kilomètres. Il avait été installé en 1924 et démonté en 1984. Il suivait quelque peu en dessous du sommet le plateau de Malzéville, traversait la Meurthe avant d'arriver aux carrières. Il a fonctionné 330 000 heures, les bennes ont parcouru 3.000.000 de kilomètres !

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Le père d'Emile lui avait raconté qu'aux obsèques de son oncle Jules, le canasson arrivé à mi-côte avait refusé obstinément de poursuivre ses efforts. Il restait inerte les naseaux soufflant à ras la glace qui aurait du fondre si l'haleine de l'animal avait été plus chaude. Pendant ce temps, le glas envoyait ses notes lugubres vers les nuages noirs annonçant la bourrasque. A l'entrée de l'église, le curé attendait impatiemment le défunt.

Le cuir de la haridelle était insensible au fouet du cocher, c'était désespérant ! La tante Marguerite (la veuve) était consternée ; sa voisine l'Alphonsine pour la consoler ne trouvait à dire que « mais le Jules a le temps maintenant, te retourne pas les sangs à t'en rendre malade, tu n' vas quand même pas l'accompagner dans l' trou ! », ça ne suffisait pas à sécher les larmes de l'éplorée.

 

   Pousser le convoi s'était avéré impossible par manque d'appui au sol, tirer l'animal n'avait pas vaincu son entêtement. On envisagea le port du cercueil sur les épaules de six volontaires. La Marguerite s'y opposa, de peur qu'ils glissent et que son homme prenne froid, le cercueil fracassé dans la chute.

Et comme toujours chacun donnait son avis sur ce qu'il fallait faire. La solution vint d'un cousin maquignon, il préconisa de doper le cheval avec du foin imbibé de mirabelle (l'eau de vie). Ainsi fut fait, l'oncle put gagner son dernier domicile !

La démonstration prouvait une fois de plus que les produits de notre Lorraine étaient de qualité. 

 

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        img021.jpg                                                        Article de Mme Carolus-Curien parut dans la revue "Le Pays Lorrain"
 



06/08/2011
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