Ils avaient faim mais n'avaient pas le droit de le dire
Récit historique
Les gueux, les gueux
Sont des gens heureux
Ils s'aiment entre eux
Vivent les gueux.
Rengaine du XIX° siècle.
Introduction.
Durant tout le XIX° siècle la France a été à la recherche d'un régime politique qui lui convienne. Thiers a prétendu sans y croire que : « La République est le seul régime qui nous rassemble ».
Avant d'y arriver il a fallu supporter : le premier Empire ; une Monarchie constitutionnelle (si peu) avec Louis XVIII ; une monarchie qui voulait revenir à la monarchie « de droit divin », Charles X, frère du précédent ; suivie d'une Monarchie libérale (pas tant que cela) avec Louis-Philippe. Ensuite on essaya une République puis le second Empire et enfin le siècle se termina avec la III° République.
Lorsque l'on regarde les revues ou journaux relatant les us et coutumes de cette époque on y voit de belles dames richement vêtues, des messieurs très élégants se tenant fièrement droits avec le plus souvent une canne à pommeau d'or à la main.
Sur les boulevards circulent des landaus bien attelés de chevaux racés qui promènent plus de « courtisanes » que d'honnêtes mères de famille. Bref les français sont heureux dans un pays prospère. La bourgeoisie venue aux affaires le démontre tous les jours. N'y aurait-il plus de pauvres ?
Si, il y en a, ils sont même majoritaires ! Alors où sont-ils ? « Les gueux » selon la terminologie du moment qui deviendront les « prolétaires ». Lorsqu'ils sont citadins ils se terrent dans les arrières cours, s'ils sont villageois on les trouve dans des masures près du bout-de-ville comme on appelle en Lorraine le tas d'ordures
L'un comme l'autre sont exposés à toutes les misères et surtout aux maladies qu'engendrent les famines récurrentes de ce siècle. Il y a aussi les estropiés des boucheries napoléoniennes.
Je vais donc vous raconter sous forme romancée la vie des pauvres au XIX° siècle. Tout ce qui sera écrit sera rigoureusement exacte, les faits se sont vraiment produits, les gens ont réellement existé simplement je les ai mis en scène à ma façon pour les besoins de la cause.
Extraits
Les caractéristiques des personnages sont extrait de leurs fiches de police (authentiques)
page 5
Au rez-de-chaussée :
Dans la pièce du fond sur la cour : Arsène Louis Prospère Dubelley, ex hussard. Maigre, cheveux rares avec une grosse cicatrice sur le crâne, visage ovale teint mat, moustache tombante à la gauloise, yeux gris.
Taille, impossible à préciser il a perdu ses deux jambes pour la gloire du « Petit Caporal » dans une charge sabre au clair à Iéna (14 octobre 1806) ; un boulet de canon l'ayant stoppé dans son élan vers la gloire…ou la mort.
Il est redouté dans le quartier, bien qu'il se déplace sur une planche à roulettes il est d'une vélocité remarquable et ses bras sont particulièrement musclés à force de lui servir de rames.
La fiche mentionne qu'il est célibataire, quelle femme voudrait d'un homme sans jambes ? Encore s'il était riche ! Mais le document précise qu'il est orphelin qu'il n'a ni fortune ni espérance et ajoute « ivrogne et bambocheur ! » Comment peut-on bambocher sans jambe ?
Il vit de la charité publique, tous ses après-midi il les passe contre un mur en face de l'entrée du couvent, une vieille timbale par terre dans laquelle les passants jettent quelques pièces. Ceux qui font mine de ne pas le voir sont vertement apostrophés. Il a d'ailleurs mis à coté de la timbale un écriteau précisant qu'il est un ancien de la Grande Armée.
Les « Sœurs de la Charité » lui portent une assiette de soupe le soir avant qu'il ne remballe ses objets de mendicité.
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page 31
Dubelley a été victime d'une agression, en criant « Vive l'Empereur ! » il s'est attiré la rancœur de deux légitimistes qui pour le punir lui ont volé sa planche à roulettes ; il ne peut plus se mouvoir seul, c'est Leblanc et Morel qui le matin le transporte à son lieu de mendicité. En fin d'après-midi Estelle et Léontine vont le chercher. A leur passage les quolibets fusent envers cet étrange attelage : un demi-homme suspendu à deux femmes ! Le pauvre Arsène Louis Prospère voudrait bien se cacher et ne plus sortir, il serait alors à la charge des autres, ce serait pour lui l'ultime déshonneur, alors il met sa fierté de coté.
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page 45
André en 1842, à la conscription a tiré un mauvais numéro et a été incorporé pour six ans au 11° chasseur à cheval, en garnison à Vesoul. Ce régiment est celui à qui Napoléon a attribué la devise « Voila les bons », en raison de sa conduite déterminante à Austerlitz.
André qui ne s'est jamais occupé d'un animal, sinon des chats pour en faire des civets (ne hurlez pas, je voudrais vous voir mourant de faim !) à la responsabilité d'un cheval qui pèse trois fois plus que lui et à qui il doit donner la priorité des soins avant lui. Le soir après l'exercice il est fourbu mais s'habitue, il est nourri et n'à d'autre souci que d'échapper aux corvées. Finalement il a décidé de prendre son mal en patience.
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page 139
Tout n'est pas terminé, il reste encore à la France à supporter la guerre civile.
Le petit peuple parisien est furieux de cette capitulation. On lui a demandé de contribuer financièrement à la fabrication des canons devant être installés pour la défense de la capitale. En fait ils n'ont pas été utilisés et sont parqués au nombre de 227 à Montmartre et à Belleville.
Thiers devenu chef du gouvernement provisoire veut les intégrer à l'armée d'armistice. Les ouvriers parisiens ont été convaincus par les leaders socialistes qu'ils sont leur propriété puisque payés de leur argent ; ils refusent de les donner. Un coup de main militaire est tenté le 18 mars 1871 pour les récupérer. Il échoue par manque de chevaux pour les tracter ! C'est la révolution !
La Commune est proclamée. Le gouvernement réactionnaire élu par les propriétaires ruraux et la bourgeoisie quitte Paris pour Versailles et l'on se bat dans les rues. Les atrocités de part et d'autre commencent et dureront près de dix semaines.

Commentaires
site : cid6.over-blog.com | le 14/04/2008 à 20:38:09christian ingret site : cit-info.skyrock.com | le 29/05/2008 à 14:06:55
j'ai envie de me plonger dans la suite des aventures de ce cul de jatte que votre début de texte donne envie de mieux connaître. Où avez vous déniché cette histoire, aux archives sans doute, pour vous source inépuisable de trésors que votre oeil et votre inspiration littéraires ne cessent de transformer en pages de plaisir pour le fan de vos oeuvres que je suis. Amitiés. Christian.
Yves le 07/10/2008 à 10:21:58
A quand l'édition de cet ouvrage qui parit prometteur !