Castelitteraire

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Au pied de la Colline (récit champêtre)

                                  

 

Au pied de la Colline

EXTRAITS

Mise au point.

 

"Le romancier doit repenser, revivre, refaire les éléments qu'il emprunte à la vie ; son but est de créer une unité et qui prouve quelque chose.

Tandis que l'érudit mérite par des recherches minutieuses, l'artiste triomphe s'il a su, grâce à son imagination faire surgir un petit univers qui puisse émouvoir les âmes" Réponse de Maurice Barrès au chanoine Mangenot très critique au sujet de son œuvre magistrale : "La Colline inspirée"

Quand à moi je retiens la leçon, mais arriverais-je à sa hauteur ?

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 Le XIX° siècle dans le Saintois.

  page 4

 

         D'abord du Saintois ou du Xaintois qui sont les deux dénominations de ce terroir laquelle choisir ?

         Le plus couramment utilisé est Saintois particulièrement par les dépliants touristiques. Xaintois étant surtout ajouté aux toponymes comme : Rouvres-en-Xaintois, Ménil-en-Xaintois etc.

         Les historiens parlent plutôt du comté de Vaudémont qui fut l'entité politique de ce territoire.

 

         Au XIX° siècle se voit une évolution, la révolution (la Grande) a instillé la laïcité dans beaucoup d'esprits. L'idée républicaine malgré le retour momentané des monarchies est en approche.

         Mais pour que la République se pérennise il fallait que la laïcité s'instaure. Ce qui se fit très lentement, car il fallait triompher de l'opposition conjuguée des monarchistes et de l'Eglise ; les uns et l'autre ayant eu partie liée au long des siècles.

        

          Et puis il y eut Jules Ferry et les instituteurs laïques : "Les hussards de la République" en blouse grise, partageant le quotidien des paysans. A ce moment tout changea : le curé n'était plus l'homme éminent du village. Lui qui jusqu'alors avait faculté d'accepter ou refuser le candidat au pupitre ne pouvait plus intervenir, il était cantonné dans le sacerdoce et de plus en plus controversé.

 

          A Sion, c'est encore plus compliqué : dans un premier temps les trois frères Baillard ont magnifiquement œuvré pour la renaissance du pèlerinage. Mais par suite de leur excommunication, après  être devenus pontifes de l'œuvre de la Miséricorde, ils sèment du haut de la Colline les doctrines charlatanesques de Vintras. Certes l'Eglise reconquiert sa suprématie sur les lieux saints. Malgré cela ne peut-on considérer que de sourdes séquelles ont contribué à l'émergence des conflits paroissiaux ?

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Maintenant je vous raconte :

 

page 5 

                L'histoire de Gustave Petit et de quelques autres.

 

         Des Petit, il y en a plein en Lorraine, celui là c'est le fils d'Antoine et de la Marie (dite Nini) Choyeux. Comme ils ont encore présentement des descendants je ne vous dirai pas leur village d'origine. Vous saurez seulement qu'il se situe dans le Saintois.

         Nous sommes en mai 1875, Gustave à soixante six ans, il a donc vu le jour en 1809, c'est l'année de Wagram (6 juillet) l'Empereur est dans toute sa gloire ; il a contraint l'Autriche de signer le traité de Vienne ! Il l'a dépouillée de nombreuses contrées, il s'en repentira ; bien mal acquis ne profite jamais.

         Gustave n'est pas un imaginatif, il ne s'est jamais posé de questions sur sa condition passée et présente. Pourquoi dans l'éblouissement de ce printemps revient-il sur sa vie d' honnête homme ? Il est fourbu, pour la première fois sa condition d'humble travailleur lui pèse. Surtout les événements qu'il a traversé ou dont il a été le témoin et souvent la victime l'ont marqué physiquement et moralement.

          Il a peur Gustave…soixante six ans c'est un bel âge à cette époque. Craint-il de ne pas voir le printemps prochain ?

         Il décide de faire une pose sur le plateau de Sion, au pied d'un arbre vénérable, le contact de l'écorce rugueuse le maintien dans la réalité. Il regarde ce paysage comme il l'a regardé depuis qu'il est en âge de marcher ; mais jusqu'alors l'a-t-il vu ? Aujourd'hui comme souvent une brume cache les villages du Saintois, seuls quelques clochers émergent du coton. Celui de Vézelise est le plus haut, caractéristique avec sa forme vrillée.

         Il voit aussi à sa gauche le mon d'Anon et sa calotte forestière. A ses pieds s'aperçoit le village de Saxon, toujours dans l'effervescence du schisme des Baillard.

 

         Un profond et long soupir marque le début de son retour dans le passé. De ses premières années, il ne se rappelle pas grand-chose ; de son père : rien. Au temps des grandes saignées napoléoniennes un seul enfant ne suffit pas pour éviter l'incorporation dans la Grande Armée.

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page 10

 Au village s'était réfugié un ancien combattant de Valmy et d'autres batailles du temps de la "Patrie en danger". Il avait quitté l'armée avec le grade de sous-lieutenant aussitôt le coup d'Etat du dix huit brumaire (10 novembre 1799), ne voulant pas rester au service d'un despote. Les royalistes ne lui en faisaient pas gré ; il ne voyaient en lui qu'un républicain intransigeant.

Ils furent confortés dans leur opinion lorsque Achille Laurent (l'ex sous-lieutenant) avait recueilli pour le replanter devant sa masure l'arbre de la Liberté dressé devant la mairie en 1789 et dont le curé avait exigé l'arrachage dés le retour du Roi.

 La vindicte contre lui était augmentée par son réel talent de peintre (il avait souvent représenter des scènes de bataille pour des officiers de hauts grades). Les cultivateurs "bien-pensants" ne voyaient pas l'utilité d'un artiste au village. Ils étaient furieux que leurs femmes insistent pour avoir "un cadre", c'est l'expression populaire pour un tableau, représentant la ferme avec les vaches et les chevaux, accessoirement le mari et les enfants mais c'était secondaire.

Pour bien lui marquer son acrimonie le maire s'était opposé a ce qu'on lui confie la réfection du grand tableau accroché dans la salle du conseil et représentant la justice ; comme Achille n'y croyait pas il ne s'en trouva pas offensé.

De même le curé s'opposa fermement à ce que se soit lui qui remette en couleur la statue de la Vierge qu'une fervente avait cachée au fond de son puits pendant les années dites d'obscurantisme. On avait fait venir un peintre en bâtiment pour quel résultat je vous laisse supposer ? Cela avait coûté chère à la commune et le premier magistrat de déplorer que l'artiste n'aille pas seulement deux fois par an à la messe, le curé se serait peut-être montrer plus conciliant !    

Anselme et Gustave allaient souvent le voir travailler, ils revenaient la tête pleine de rêves !

 

page 39.

 

Tout à coup s'encadre dans la porte un énergumène encore jamais vu au village. C'est un homme approximativement du même âge que Mayeur, maigre avec des cheveux longs et mal peignés. Il est vêtu d'un gilet vert au dessus d'une chemise qui a du être blanche dont le col est élimé, il ne porte pas de pantalon, mais une culotte noire à la française prolongée par des bas qui eux aussi furent blancs et pour couvrir l'ensemble une sorte de manteau redingote de couleur indéfinissable.

         Sur sa tête, se tient penché vers la gauche une sorte de haut de forme mou peut-être en feutre bien fatigué, entouré d'un large bandeau vert très passé (ou près de l'être) et prolongé par des rubans déchiquetés par les intempéries.

         Sur l'épaule de l'homme il y a une longue canne dont le pommeau  semble d'argent et la pointe recouverte de métal cuivré. Gustave ne peut s'empêcher d'y voir une arme redoutable ! Son aspect guerrier est cependant atténué par un petit ballot qui y est suspendu.

         Voilà que cet épouvantail s'écrie : "Holà pays, Lorrain-va-devant, si on topait ! En souvenir de Maître Jacques".

         Mayeur sursaute et se retourne prêt à invectiver le "trouble travail". Surprise de Gustave qui le voit tendre les bras à l'intrus et proclamer : "Mais que voila ? C'est Ardennais-le-bon-accord, bien sûr qu'on va toper !"

         Aussitôt, il va chercher une bouteille et deux verres.

         Et devant le jeune qui n'en croit pas ses yeux se déroule une scène qu'il n'oubliera jamais ; les deux hommes tiennent dans leur main droite le verre plein de côte de Toul, passent leur bras droit en crochet dans celui de l'autre et tout en buvant exécute une sorte de pas de danse totalement inconnu de Gustave !

         Ils recommencent deux fois et finissent par s'assoirent apparemment bien contents d'eux mêmes.

         Voyant l'air ahuri de Gustave, Mayeur lui dit : "il s'agit d'une rencontre entre deux compagnons Enfants de Maître Jacques. Je t'en dirai plus tout à l'heure ; pour l'instant il faut terminer l'ouvrage"

 

page 123

 

 

Le "professeur" de son coté avait poursuivi ses recherches. Rencontrant Gustave, avec un  air de conspirateur il le fit entrer dans sa masure et le mis au courant de ses découvertes.

La ruine du "Val du loup" était bien un ancien relais de chasse. Il n'avait pas encore de précisions sur les propriétaires. Cependant il était certain que pendant la grande révolution, un acte criminel y avait été perpétré. Il n'en savait pas plus, mais se promettait d'éclaircir ce mystère. En attendant, il priait Gustave de ne rien dire de ce qu'il venait de lui apprendre. Il ajouta en regardant autour de lui, que personne ne pouvait l'entendre (ce qui aurait été extraordinaire) :"il faut rester prudent, à notre époque on peut être entraîné dans des complications dramatiques" Il alla même jusqu'à vérifier que personne ne pouvait voir Petit sortir de chez lui avant de le laisser partir !       

 Celui-ci fut un peu intrigué par ce qu'il venait d'apprendre, sans plus. Il ne doutait pas de l'entendement du "professeur" mais se méfiait de sa propension bien connue à théâtraliser le moindre événement.


 

 Au pied de la Colline. Récit champêtre ... Ou les tribulations de Gustave

Edilivre - Août 2012 - ISBN : 9782332508614 - 378 pages

Dans ce roman historiqueJean Castelli nous raconte la vie au pied de la colline de Sion, dans le Saintois, au XIXème siècle.

Au crépuscule de sa vie (en mai 1883, à 70 ans), Gustave PETIT au cours d'une promenade dans le Saintois qu'il n'a jamais quitté s'adosse à un vieil arbre et laisse remonter ses souvenirs. Ceux de la vie rurale et des guerres qui ont jalonné son parcours : de celle de 1813 qui l'a privé de son père, à tension entre l'instituteur et le curé, en passant par la guerre de 1870. Les figures qui l'ont aidé à tracer son chemin, celles qui l'ont, de près ou de loin, touché sont ainsi convoqué en une ronde qui nous permet de découvrir la vie en ce temps là (chose que jamais nos cours d'histoire ne nous ont donné l'occasion de faire ...). Et tout cela avec talent car jamais je n'ai ressenti (comme ce fut le cas avec le dernier Eric Marchal) que l'auteur voulait à tout prix placer des connaissances.

 Paru sur le blog : Au fil des ouvrages 

 



26/07/2012
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